données analysées: 1,276,749
Le paysage post-Universal Analytics
En juillet 2023, Google a officiellement arrêté Universal Analytics, la plateforme de tracking qui dominait le web depuis plus d'une décennie. Près de trois ans plus tard, notre analyse de 1 877 252 sites web d'entreprises françaises révèle un paysage marqué par une migration lente, une dette technique massive, un mouvement privacy-first en croissance, et — fait le plus critique — un nombre sidérant d'entreprises qui ont simplement renoncé à mesurer leur présence web.
Sur ces 1,88 million de sites, 1 276 749 (68,0 %) utilisent au moins un outil analytics. Cela signifie que près d'un site d'entreprise française sur trois fonctionne sans aucune instrumentation analytics. Mais même parmi les 68,0 % qui ont du code analytics, la situation est loin d'être saine : la majorité fait encore tourner des tags Universal Analytics morts, et seule une fraction a achevé la migration vers la plateforme de remplacement de Google.
Cette étude s'appuie sur les données de détection technologique d'IBLead pour offrir la vue la plus complète de l'adoption des outils analytics en France. Nous couvrons Google Analytics (UA et GA4), les alternatives privacy-first, l'analytics comportemental, la gestion de tags, les plateformes d'A/B testing, et l'intersection critique entre tracking analytics et conformité au consentement cookies.
Le zombie Universal Analytics : 999 868 sites avec du code mort
Le constat le plus frappant de cette étude : 999 868 sites web d'entreprises françaises (53,3 %) contiennent encore du code de tracking Universal Analytics. Depuis qu'UA a cessé de traiter les données en juillet 2023, ce code ne fait strictement rien — pourtant il reste présent sur plus de la moitié de tous les sites analysés, près de trois ans après l'arrêt.
Pour comprendre l'ampleur : le code UA est présent sur 78,3 % de tous les sites qui ont un quelconque outil analytics. C'est, paradoxalement, le snippet « analytics » le plus répandu en France — alors même qu'il ne collecte aucune donnée et ne sert à rien.
Que signifie concrètement « UA encore détecté » ? Dans la plupart des cas, cela indique l'un de ces scénarios :
- Négligence totale : Le site n'a pas été touché depuis avant juillet 2023. Personne n'a retiré l'ancien code, personne n'a ajouté GA4. Le site est figé dans le temps du point de vue du tracking.
- Migration partielle (dual tagging) : Certains sites ont à la fois du code UA et GA4. Google recommandait le dual tagging pendant la période de migration (2020–2023) pour permettre aux entreprises de constituer un historique GA4 pendant qu'UA était encore actif. Le fait que de nombreux sites aient encore les deux suggère que l'étape de nettoyage n'a jamais été réalisée.
- Abandonés par leur agence : De nombreuses petites entreprises dépendent d'agences web pour gérer leur analytics. Si la relation agence-client a pris fin, le site continue de faire tourner ce qui a été installé en dernier — indéfiniment.
- Configuration par défaut du thème : Certains thèmes WordPress et page builders incluaient des champs de tracking UA préconfigurés. Si l'entreprise ne les a jamais vidés, le code mort persiste même après les mises à jour de thème.
Ce « code zombie » représente une dette technique considérable sur le web français. Ces tags orphelins ajoutent du JavaScript inutile à chaque chargement de page (~45 Ko pour la librairie analytics.js), peuvent déclencher des faux positifs lors d'audits de consentement cookies, et surtout, signalent que l'entreprise n'a eu aucune maintenance analytics depuis plus de deux ans.
Pour les agences web, c'est une opportunité de marché énorme : 999 000+ sites qui nécessitent au minimum un nettoyage analytics basique — et potentiellement une implémentation GA4 complète ou une migration vers une plateforme alternative.
Adoption de GA4 : seulement 26,7 % ont fait le pas
Malgré son statut de remplaçant officiel d'Universal Analytics, Google Analytics 4 n'est présent que sur 26,7 % des sites web d'entreprises françaises (500 641 sites). Cela signifie que trois sites sur quatre n'ont pas correctement migré vers GA4, presque trois ans après l'arrêt d'UA.
L'histoire de la migration GA4 est l'un des plus grands échecs de transition produit de Google. Considérez les chiffres :
- 999 868 sites ont encore du code UA (l'ancienne plateforme)
- 500 641 sites ont du code GA4 (la nouvelle plateforme)
- De nombreux sites ont les deux (dual tagging de la période de migration)
- Le chevauchement signifie que le nombre de sites avec uniquement GA4 (sans UA résiduel) est nettement inférieur à 26,7 %
Google avait offert une fenêtre de migration de 3 ans (GA4 lancé en octobre 2020, arrêt d'UA en juillet 2023). Ils ont proposé la création automatique de propriétés GA4, des assistants de migration et une documentation complète. Malgré tout cela, la majorité des sites d'entreprises françaises ont soit ignoré la migration, soit abandonné l'analytics complètement.
Pourquoi tant d'échecs de migration ? Plusieurs facteurs :
- La courbe d'apprentissage de GA4 : La nouvelle interface, le modèle de données basé sur les événements et la structure de reporting différente ont dérouté de nombreux utilisateurs habitués au paradigme basé sur les sessions d'UA
- Les petites entreprises ne consultent pas leurs analytics : Pour beaucoup de TPE/PME, le tag analytics a été installé une fois (souvent par un freelance ou une agence) et n'a jamais été revu. L'arrêt d'UA était sans importance pour des entreprises qui n'utilisaient pas les données
- La friction RGPD : Certaines entreprises, déjà méfiantes face à l'application de la CNIL, ont décidé que l'arrêt d'UA était un moment opportun pour arrêter le tracking plutôt que de gérer les exigences de consentement pour une nouvelle installation GA4
Le paysage analytics complet
Au-delà de l'écosystème Google, une gamme variée d'outils analytics sert les sites web d'entreprises françaises. Voici le tableau complet :
| Outil analytics | Sites | % de tous les sites | % des utilisateurs analytics |
|---|---|---|---|
| Universal Analytics (mort) | 999 868 | 53,3 % | 78,3 % |
| Google Analytics 4 | 500 641 | 26,7 % | 39,2 % |
| Matomo | 122 471 | 6,5 % | 9,6 % |
| Hotjar | 33 640 | 1,8 % | 2,6 % |
| Microsoft Clarity | 18 772 | 1,0 % | 1,5 % |
| Plausible | 17 914 | 1,0 % | 1,4 % |
| Fathom | 2 776 | 0,1 % | 0,2 % |
| Amplitude | 2 561 | 0,1 % | 0,2 % |
| Mixpanel | 999 | 0,1 % | — |
| Segment | 639 | 0,04 % | — |
| PostHog | 593 | 0,04 % | — |
| Umami | 438 | 0,03 % | — |
| Heap | 316 | 0,02 % | — |
La domination de l'écosystème Google est absolue : en comptant uniquement GA4 (le produit vivant), Google Analytics reste la première plateforme analytics avec un facteur 4x sur le concurrent le plus proche. Si l'on inclut le code UA mort, les snippets d'origine Google sont présents sur plus de 80 % de tous les sites qui ont un analytics quelconque.
Alternatives privacy-first : la montée de Matomo, Plausible et Fathom
Matomo (anciennement Piwik) est présent sur 122 471 sites (6,5 %), ce qui en fait le troisième outil analytics le plus populaire en France — et la deuxième plateforme analytics vivante après GA4. Ce taux d'adoption est nettement supérieur aux moyennes mondiales (généralement 1–2 %), porté par trois facteurs clés :
- Conformité RGPD : Matomo peut être configuré pour de l'analytics exempté CNIL (pas de cookies, pas de consentement requis) lorsqu'il est auto-hébergé avec les bons paramètres. C'est une proposition de valeur puissante dans un environnement réglementaire où 77,5 % des sites n'ont pas de bandeau de consentement.
- Secteur public français : De nombreuses administrations, collectivités et institutions publiques françaises ont adopté Matomo suite aux recommandations de la DINUM. Les 122 471 sites incluent une composante significative du secteur public.
- Option auto-hébergée : Contrairement à GA4, Matomo peut fonctionner sur les propres serveurs de l'entreprise, gardant les données entièrement sous leur contrôle — un argument fort pour les organisations soucieuses de souveraineté des données.
Plausible Analytics (17 914 sites, 0,9 %) représente la nouvelle génération d'analytics léger et sans cookies. Fondé en 2019, Plausible est un service basé dans l'UE qui fournit les métriques essentielles de trafic sans aucun cookie, sans collecte de données personnelles, et avec un script qui pèse moins de 1 Ko.
Fathom Analytics (2 776 sites, 0,2 %) occupe une niche privacy-first similaire. Basé au Canada mais avec un traitement des données dans l'UE, Fathom met l'accent sur la simplicité et la conformité vie privée.
Les options entièrement auto-hébergées racontent une autre histoire :
- PostHog (593 sites) — Une plateforme analytics produit open source, populaire chez les startups tech mais rare parmi les PME traditionnelles
- Umami (438 sites) — Une alternative légère et open source à Google Analytics, confinée à la communauté des développeurs
Combinées, toutes les alternatives privacy-first (Matomo + Plausible + Fathom + Umami) représentent 163 599 sites — 8,7 % de tous les sites tech. C'est encore une fraction modeste comparée à la domination de Google, mais la tendance est claire : l'analytics respectueux de la vie privée est un segment en croissance avec une traction réelle en France.
Analytics comportemental : Hotjar vs Microsoft Clarity
Hotjar (33 640 sites, 1,9 %) et Microsoft Clarity (18 772 sites, 1,0 %) occupent une catégorie distincte : l'analytics comportemental. Plutôt que de mesurer les pages vues et les sources de trafic, ces outils fournissent des heatmaps, des enregistrements de sessions et une analyse des interactions utilisateurs. Ils sont typiquement utilisés en complément d'une plateforme analytics traditionnelle.
La dynamique Hotjar vs Clarity mérite attention. Hotjar, l'acteur établi, est payant. Microsoft Clarity, lancé en 2020, est entièrement gratuit et sans limite de trafic. Clarity croît rapidement, et nos données montrent qu'il a déjà atteint 55,8 % de la base installée de Hotjar en France. Vu l'avantage prix (gratuit vs payant), Clarity devrait dépasser Hotjar d'ici 1–2 ans.
Gestion de tags : GTM à 30,7 % — plus que GA4
L'un des constats les plus révélateurs de cette étude : Google Tag Manager est présent sur 30,7 % des sites (576 442), alors que GA4 n'est qu'à 26,7 % (500 641). Cet écart de 4,0 points signifie que au moins 76 000 sites ont GTM installé mais aucun Google Analytics actif.
À quoi servent ces GTM sans GA ? Plusieurs possibilités :
- Pixels publicitaires uniquement : GTM est souvent utilisé pour déployer le Facebook Pixel, les tags de conversion Google Ads et d'autres trackers publicitaires. Certains sites ont retiré GA mais gardé GTM pour leurs campagnes pub.
- Conteneurs GTM orphelins : Similaire au phénomène de code UA zombie, certains conteneurs GTM ont été installés une fois et jamais maintenus.
- Intégrations tierces : Widgets de chat, outils d'A/B testing et autres services sont parfois déployés via GTM.
| Tag Manager | Sites | % de tous les sites |
|---|---|---|
| Google Tag Manager | 576 442 | 30,7 % |
| Adobe Launch | 27 946 | 1,5 % |
| Tealium | 7 965 | 0,4 % |
| Commanders Act | 2 604 | 0,1 % |
Le marché des tag managers est massivement dominé par Google : GTM détient 96,4 % du marché (576 442 sur 597 103 sites avec un tag manager). Adobe Launch (27 946, 1,5 %) sert le segment entreprise, tandis que Tealium (7 965) et le français Commanders Act (2 604) s'adressent aux grandes organisations avec des besoins complexes de gouvernance des données.
A/B Testing : AB Tasty — le champion français
Les plateformes d'A/B testing et d'expérimentation révèlent quelles entreprises optimisent activement leurs tunnels de conversion. 92 290 sites (4,9 %) utilisent au moins un outil d'A/B testing — un chiffre étonnamment élevé qui témoigne d'une culture d'optimisation mature.
| Outil A/B Testing | Sites | % de tous les sites |
|---|---|---|
| AB Tasty | 55 744 | 3,0 % |
| Google Optimize (arrêté) | 17 056 | 0,9 % |
| Kameleoon | 14 495 | 0,8 % |
| Optimizely | 3 644 | 0,2 % |
| VWO | 3 610 | 0,2 % |
AB Tasty domine avec 55 744 sites (3,0 % de tous les sites tech, 60,4 % de part de marché de l'A/B testing). Cette entreprise fondée à Paris est devenue l'un des exports MarTech français les plus réussis.
Google Optimize apparaît sur 17 056 sites (1,1 %) — mais comme Universal Analytics, c'est du code zombie. Google Optimize a été arrêté en septembre 2023, seulement deux mois après Universal Analytics. Les 17 056 sites représentent une couche supplémentaire de code Google mort jamais nettoyé.
Kameleoon, une autre plateforme fondée en France (14 495 sites, 0,8 %), représente le segment entreprise du marché de l'A/B testing. Connue pour sa personnalisation pilotée par l'IA et ses capacités d'expérimentation côté serveur, Kameleoon concurrence directement Optimizely sur le segment grands comptes. Ensemble, AB Tasty et Kameleoon donnent à la France deux leaders nationaux du marché mondial de l'expérimentation.
Le désert analytics à 32,0 % : 600 503 entreprises invisibles
600 503 sites web (32,0 %) n'utilisent aucun outil analytics détectable. Ces entreprises naviguent à l'aveugle — elles n'ont aucun moyen de savoir combien de visiteurs viennent sur leur site, quelles pages performent, d'où vient leur trafic, ou si leurs efforts marketing génèrent un retour quelconque.
Ce n'est pas un détail. Ces 600 000 entreprises ont investi dans la création d'un site web (souvent des milliers d'euros en design et développement) mais n'ont aucune visibilité sur le rendement de cet investissement. Elles ne peuvent pas mesurer :
- Le volume mensuel de visiteurs ou les tendances
- Quelles pages attirent du trafic et lesquelles sont du poids mort
- Si leur fiche Google Business Profile génère des clics vers le site
- Les taux de conversion sur les formulaires de contact
- Le ROI de toute dépense publicitaire dirigée vers leur site
Combiné avec les 53,3 % qui font tourner du code UA mort (qui ne collecte aucune donnée), on peut estimer qu'environ 85 % des sites d'entreprises françaises n'ont pas d'analytics fonctionnel en 2026. Seuls les 26,7 % avec GA4 plus les ~9 % avec d'autres outils actifs (Matomo, Plausible, Hotjar, Clarity, etc.) mesurent effectivement leur performance web. C'est peut-être la statistique la plus accablante de cette étude : la grande majorité des entreprises françaises ne peuvent pas répondre à la question simple « mon site fonctionne-t-il ? »
Analytics et consentement cookies : une analyse croisée
Comme détaillé dans notre étude sur le consentement cookies RGPD, la relation entre utilisation de l'analytics et conformité du consentement est profondément problématique. L'analyse croisée révèle :
- 1 276 749 sites utilisent au moins un outil analytics
- Parmi ceux-ci, seuls 297 637 (23,2 %) affichent aussi un bandeau de consentement cookies
- Les 986 661 restants (76,8 %) font du tracking analytics sans aucun mécanisme de consentement visible
Cela signifie que 986 661 sites web — 52,1 % de tous les sites tech de notre échantillon — collectent des données analytics sans consentement apparent des utilisateurs. Sous le RGPD et la directive ePrivacy française (appliquée par la CNIL), la plupart des outils analytics qui utilisent des cookies nécessitent le consentement préalable de l'utilisateur.
Une petite partie de ces sites peut utiliser des configurations exemptées de consentement (Matomo en mode sans cookies, Plausible, Fathom), mais la grande majorité fait tourner Google Analytics — qui nécessite le consentement. Le déficit de conformité n'est pas théorique : il représente plus de 979 000 entreprises potentiellement exposées à des actions de la CNIL.
Pour un détail complet des parts de marché des outils de consentement et du contexte d'application CNIL, consultez notre étude dédiée au consentement cookies RGPD.
Points clés
- 68,0 % des sites d'entreprises françaises utilisent au moins un outil analytics — mais la majorité de ces installations ne sont pas fonctionnelles (code UA mort)
- 53,3 % ont encore du code zombie Universal Analytics — le plus gros marché de maintenance inexploité pour les agences web, représentant 999 868 sites à nettoyer
- L'adoption de GA4 stagne à 26,7 % — Google n'a pas réussi à convertir la majorité des utilisateurs UA, avec environ 74 % des sites n'ayant jamais achevé la migration
- Matomo à 6,5 % (122 471 sites) — la France surperforme nettement les moyennes mondiales en analytics privacy-first, portée par les préoccupations RGPD et les mandats du secteur public
- AB Tasty domine l'A/B testing à 3,0 % — les plateformes françaises (AB Tasty + Kameleoon) détiennent 76 % du marché de l'expérimentation en France
- GTM (30,7 %) est plus courant que GA4 (26,7 %) — au moins 76 000 sites ont un tag manager sans analytics actif
- ~85 % n'ont pas d'analytics fonctionnel — en combinant le désert analytics (32,0 %) et le code UA mort, la grande majorité ne peut pas mesurer son ROI web
- 76,8 % des utilisateurs analytics trackent sans consentement — 986 661 sites font face à un risque de sanctions CNIL, comme détaillé dans notre étude consentement cookies
Le paysage analytics français en 2026 est défini par l'inertie : la dette technique massive du code Universal Analytics mort, la migration GA4 au point mort, et le désert analytics persistant parmi les TPE/PME. Pour les professionnels du web — agences, consultants et spécialistes analytics — c'est l'un des plus grands marchés de services inexploités de l'économie numérique française. Pour une vue plus large des tendances d'adoption technologique, consultez notre aperçu des technologies web.
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